• Men in Black III

     

    Un blockbuster efficace et intelligent

    Dix après l’accident industriel de Men in Black II (« trop de comédie, pas assez d’enjeux » des dires de Barry Sonnenfeld), les agents J et K sont de retour pour de nouvelles aventures. Malheureusement, tous les signes précurseurs du désastre  étaient présents : une multitude de versions du scénario, un tournage catastrophique, un désir du spectateur usé par l’attente… Pourtant, de façon un peu surprenante et inattendue, les ingrédients du blockbuster sont distillés habilement pour permettre à la mayonnaise de prendre à nouveau et ainsi redonner vie à la saga.

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    La qualité principale du métrage tient à avoir recentré l’intrigue sur le duo formé par J (Will Smith) et K (Tommy Lee Jones  / Josh Brolin), l’extravagance de Will Smith répondant à l’opacité et la rigueur de Tommy Lee Jones ou à la joie étonnante et insolite de Josh Brolin. Le spectateur,  comme l’agent J, va alors se questionner pour savoir ce qui a pu faire tomber K dans la tristesse qui l’anime désormais. En plongeant Will Smith dans le passé, outre la ressemblance stupéfiante entre Tommy Lee Jones et Josh Brolin, il en ressort de nombreuses trouvailles scénaristiques qui permettent d’insuffler un rythme agréable à l’ensemble. En choisissant la fin des années 60, le métrage devient même pamphlétaire en jouant avec les stéréotypes dont était à l’époque victime la communauté afro-américaine. Comme toujours dans la saga, l’ironie est présente, cette fois-ci au cœur d’une ambiance kitsch-pop, qui permet à Will Smith de briller à nouveau sur grand écran.

    Peu importe les époques, l’alchimie entre les deux men in black est excellente et la succession de gags répond parfaitement aux différentes scènes d’action dans une équation parfaitement maîtrisée par le metteur en scène. Une certaine émotion va même poindre dans les ultimes minutes, dans un dénouement, certes prévisible mais tout autant efficace. Par un scénario ingénieux, Barry Sonnenfeld parvient à réinventer sa saga en lui injectant de nombreuses trouvailles et une réflexion sur l’amitié qui permettent de dépasser le stade du vulgaire blockbuster. Oh, Here come the Men in Black !

    C.


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  • cosmopolis_wallpaper_1_1024x768pxCosmopolis

     

    Une virée métaphysique en limousine.

     

    Le dernier film du canadien David Cronemberg est directement adapté du Cosmopolis  de l’écrivain américain Don Delillo, réputé inadaptable.

    On suit dans ce film, sur une durée d’environ 24h,  Eric Packer, golden boy multi millionnaire au tempérament glacial, qui décide d’aller se faire couper les cheveux à l’autre bout de New York. Mais Manhattan est bloqué par la venue du président des Etats-Unis, et en toile de fond, tout le système financier capitaliste s’écroulant devant ses yeux.

    Robert Pattinson, l’étoile montante de la jeune génération hollywoodienne, bluffe par la maturité de son jeu, faisant oublié son passé de vampire dans la saga Twilight. La performance est indéniable. En effet, pendant la quasi-totalité du film la caméra est tournée vers lui, comme agrippée . On pouvait voir ce rôle comme un cadeau empoisonné offert à Robert Pattinson, mais il en ressort surtout une révélation pour le public.

    C’est un film avant tout déroutant, un Huis-clos mobile. Cronemberg arrive à s’en sortir avec un rapport entre les espaces qui tient de l’improbable : 98 % de limousine et 2% d’extérieur et ça tient plutôt bien, car tout à un sens dans ce film et les seules scènes à l’extérieur de la limousine révèlent ce qui se joue dans en son sein.

    Les obsessions de David Cronemberg sont archi-présentes. Tout y est : l’érotisme latent et malsain,  provoquant des tensions sublimes entre ses personnages ; la brutalité soudaine des scènes de violences ; la vision pessimiste et apocalyptique d’un monde courant à sa perte.

    Contrairement à ces films antérieurs où les questions philosophiques étaient implicitement posées à travers les agissements de ses personnages. Dans Cosmopolis elles sont posées ouvertement, dans ces longs dialogues où les questions et les réponses s’entrecroisent à un rythme tantôt effréné, tantôt lent. Elles accompagnent ainsi l’analogie entre la chute de deux mondes : celui d’Eric Packer et celui du système capitaliste.

    Ses seuls défauts résident dans ses qualités. Le film contient des dialogues un chouya long et les allergiques aux questions trop philosophiques pourraient perdre le fil du film.  Cosmopolis reste un Cronemberg atypique par rapport au reste de sa filmographie, qui mérite complètement d’être vu.

    B.H 


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  • Sur la Route

     

    Une route bien fade

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    « Sur la Route » est certainement l’une des œuvres majeures de la littérature du XXème siècle. Pierre angulaire de la beat generation, l’ouvrage de Kerouac a inspiré bon nombre d’écrivains, d’où le caractère sacré qu’on lui concède. Considéré comme inadaptable, Walter Selles (metteur en scène de Carnets de voyages notamment), après avoir réalisé un documentaire sur la beat generation afin de comprendre la pléthore de protagonistes qui entourent le roman, a décidé de relever le défi.

    L’entreprise est louable mais le résultat est bien moins enchantant qu’on pouvait l’espérer et la déception sera grande, à la hauteur du mythe, chez les amoureux littéraires. Le véritable problème de cette réalisation tient en son rythme, beaucoup trop lent pour ne pas lasser les spectateurs. En refusant de s’essayer à traduire la prose cadencée et scandée de Kerouac, le tempo du film manque de vigueur mais aussi de vitalité. En effet, on a la fâcheuse impression qu’il manque une âme à ce projet, le réalisateur tombant dans le contemplatif au lieu de s’hasarder à s’approprier la matière première. Les pérégrinations des personnages s’enchainent, les rencontres se multiplient, mais la redondance qu’engendrent ces scènes empêchent l’émergence de toute émotion pour le spectateur, désabusé, par tant d’hermétisme. 

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    On se retrouve face à un cocktail sexe-drogue-jazz qui n’a que peu de saveur, la folie des personnages étant beaucoup trop atténué. Seul Garrett Hedlund, par son charisme, parvient à tirer le film vers le haut en le portant sur ses épaules. Son interprétation, tout en nuance, retranscrit allégrement la complexité et la personnalité trouble de Neal Cassady (Dean Moriarty dans l’adaptation).

    Walter Selles, s’il a opté brillamment pour une œuvre basée sur les personnages (refusant la simplicité de filmer les grands espaces américains pour placer sa caméra toujours au cœur de la voiture), a oublié d’apporter son point de vue, se comportant plus comme un admirateur qu’un metteur en scène. En voulant rester le plus fidèle possible à l’œuvre originelle, le réalisateur, commet l’irréparable en banalisant cette folle traversée dans un film fleuve dont les longueurs finissent par s’éterniser. Finalement, « Sur la Route » était peut-être bien inadaptable…

    C.


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  • Moonrise Kingdom

     

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    Une ouverture magique pour le festival de Cannes.

    Tout droit sorti du monde féerique de Neils Anderson, Moonrise Kingdom est un véritable joyaux d’imagination et de créativité. Ouverture du festival de cannes 2012, Moonrise Kingdom est à la hauteur de cet événement mondial qu'est le festival de Cannes.

    Sur une île au large de l'Angleterre, Suzy et Sam, deux enfants à problème, tombent amoureux l'un de l'autre et décident de s'enfuir ensemble pour vivre leur idylle.

    Dès la première scène du film, le spectateur découvre un univers ampli de couleurs, où chaque image est harmonieuse. Un travail immense est réalisé sur les costumes, toujours construit en symbiose avec les décors. Le tout rehaussé par une caméra aux déplacements réguliers donnant de la profondeur à l'image. Cette image magnifique permet au scénario d'offrir toute sa poésie, toute sa beauté. L'histoire incroyable qui nous entraîne au cœur des péripéties de ses deux enfants et de leur groupe de poursuivants sonne juste et appel au sentiment.

    L’impressionnant casting de seconds rôles (Bruce wills, Edward Norton, Bill Muray) bien qu'excellent, n'enlève rien à la très bonne interprétation des enfants (Jared Gilman, Kara Hayward)

    Ces second rôles sont d'ailleurs tous dotés de personnalités plus extravagantes les unes que les autres (non sans rappeler les plus grands personnages des frères Cohen) et ils contribuent au fantastique humour du film qui mêle l'incongru au décalé. Tout le film respire de cette fraîcheur, de cette beauté simple, onirique qui continue de vous faire rêver une fois sortie de la salle.

    Il en sort un film touchant, beau, plein d'humour qui constitue une des plus grandes réussites de ce début d'année 2012.

    A.D


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  • De rouille et d'os

     

    Et un chef-d'oeuvre de plus !

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    Après un exceptionnel « Un Prophète », drame carcéral d’une intensité inouïe, couronné du Grand Prix de l’édition 2009 du Festival de Cannes, on se demandait quel allait être le retour de Jacques Audiard sur la croisette. Finalement, c’est par la très grande porte, en fracassant tout sur son passage, que le réalisateur réapparaît sur la Côte d’Azur, nous exposant un film maîtrisé de bout en bout. Tel un marionnettiste, Audiard, dans une direction d’acteurs parfaite, s’amuse à malaxer et à écorcher ses personnages, leur livrant une densité et une profondeur accentuées par leur complexité et instabilité. Perdus, écorchés vifs, les deux protagonistes principaux (Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts) naviguent en eaux troubles dans ce récit insaisissable, affrontant les vagues les unes après les autres sans jamais pouvoir les prédire, fugacité de leurs agissements qui dicte le rythme du métrage avec force.

    Expressionniste, Audiard parvient à filmer cette romance avec une telle véracité qu’elle en devient effrayante, le spectateur plongeant dans une intimité à laquelle il n’était pas préparé. Une vérité criante émane de chaque plan, nous donnant au fil des images une claque de plus en plus forte jusqu’à nous mettre KO. Le montage est d’une qualité époustouflante, les heures de pellicules se transformant en leçon de cinéma, notamment dans la scène de l’accident, exemplaire de l’onirisme qui s’empare de ce long-métrage organique. De plus, la bande-son sonne comme un écho à la musicalité des dialogues, renforçant le lyrisme auquel on a succombé. 

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    Mais si ce « De rouille et d’Os » parvient à être aussi efficace, c’est aussi, en grande partie, grâce au talent incontestable des deux acteurs principaux, Marion Cotillard, étincelant à chacune de ses répliques et Matthias Schoenaerts, d’une intensité brutale époustouflante. Lorsque ces deux-là se rencontrent à l’écran, l’alliage des deux joyaux est parfait, un simple regard suffisant pour faire passer les émotions.

    L’alchimie existante entre les deux acteurs a permis à Audiard de disposer d’une matière première inestimable, qu’il a su transcender avec simplicité et véhémence à la fois. Ne tombant jamais dans le faux semblant, le film est touché par une grâce dont on ne peut comprendre les raisons, à l’image de la passion charnelle qui anime les deux héros. Sa force tient aussi à avoir exposé cette romance dans une atmosphère inattendue, entre douceur et violence. Jacques Audiard est définitivement au sommet de son art, et il semble, aujourd’hui, difficile d’envisager comment il pourrait réaliser un projet plus abouti que celui-ci… jusqu’au prochain.

    C.


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